Un incendie industriel se déclenche en quelques secondes. Une flamme qui se propage dans une canalisation chargée de vapeurs inflammables peut transformer un incident mineur en catastrophe majeure. Pourtant, un dispositif simple permet de stopper net cette réaction en chaîne : l’arrête-flammes. Cet équipement passif mérite toute l’attention des exploitants, tant pour la sécurité que pour la conformité réglementaire.
Qu’est-ce qu’un arrête-flammes et comment fonctionne-t-il ?
L’arrête-flammes est un dispositif de sécurité passive installé sur les canalisations ou les évents de réservoirs. Son rôle : empêcher la propagation d’une flamme d’un point à un autre dans un circuit véhiculant des gaz ou des vapeurs combustibles. Le principe repose sur la dissipation thermique. La flamme traverse un élément filtrant — généralement un assemblage de lamelles métalliques ou de mailles très fines — qui absorbe suffisamment de chaleur pour abaisser la température du front de flamme en dessous de la température d’auto-inflammation du mélange gazeux. Résultat : la flamme s’éteint, le gaz continue de circuler.
Avant d’équiper vos installations, il est essentiel de bien choisir son arrête-flammes en fonction du type de risque identifié. Car tous les modèles ne se valent pas. Voici les principales catégories :
| Type | Usage principal | Installation |
|---|---|---|
| Déflagration en ligne | Protection entre deux sections de canalisation | En série sur le réseau |
| Déflagration de bout de ligne | Protection en sortie d’évent ou de réservoir | En extrémité de circuit |
| Anti-détonation stable en ligne | Protection contre la propagation d’une détonation stable (vitesse sonique) | En série, canalisations courtes à moyennes |
| Anti-détonation stable et instable en ligne | Protection contre toutes les phases de détonation, y compris l’onde de choc supersonique | Longues canalisations industrielles à haut risque |
Le choix du modèle dépend du scénario d’explosion envisagé, de la nature du fluide et de la configuration du réseau.
Dans quels secteurs l’arrête-flammes est-il indispensable ?
Partout où des vapeurs inflammables circulent dans des conduites, l’arrête-flammes devient un équipement non négociable. Certains secteurs sont toutefois plus exposés que d’autres.
- Pétrochimie et raffinage : stockage et transfert d’hydrocarbures volatils, évents de bacs atmosphériques.
- Industrie pharmaceutique : manipulation de solvants organiques dans les procédés de synthèse.
- Agroalimentaire : canalisations de biogaz ou de vapeurs de solvants présentes sur les sites de production, hors circuits de poussières où d’autres dispositifs (évents d’explosion, suppresseurs) sont requis.
- Traitement des eaux et biogaz : canalisations de méthane issues de la méthanisation.
- Chimie fine et stockage de solvants : tout site classé manipulant des COV en circuit fermé.
Dans chacun de ces contextes, l’absence d’arrête-flammes expose l’exploitant à un effet domino : une flamme se propage d’un équipement à un autre, avec des conséquences humaines et matérielles considérables.
Les critères à vérifier avant d’équiper vos installations
Installer un arrête-flammes ne s’improvise pas. Plusieurs paramètres techniques conditionnent l’efficacité du dispositif et sa conformité aux exigences réglementaires. Le premier réflexe consiste à vérifier la certification selon la norme EN ISO 16852, référence internationale pour les arrête-flammes industriels. Cette norme définit les méthodes d’essai et les critères de performance auxquels chaque modèle doit répondre.
Vient ensuite la question du dimensionnement. Un arrête-flammes sous-dimensionné génère une perte de charge excessive qui perturbe le circuit. Un modèle surdimensionné représente un surcoût inutile. Le bon compromis passe par une analyse du débit, de la pression de service et du groupe de gaz concerné (classé de IIA à IIC selon la norme IEC 60079-20-1).
La compatibilité ATEX constitue un autre point de vigilance : tout équipement installé en zone à risque d’explosion doit porter le marquage correspondant. Enfin, la maintenance ne doit pas être négligée. Un arrête-flammes encrassé ou corrodé perd ses propriétés de dissipation thermique et peut devenir inefficace au moment critique.
Réglementation et bonnes pratiques en 2026
En France, les installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) soumises à autorisation doivent intégrer des dispositifs de protection contre la propagation des flammes dans leurs études de dangers. Si l’arrêté ministériel du 3 octobre 2010 relatif au stockage en réservoirs aériens impose des dispositifs de respiration et des évents d’urgence, l’obligation d’installer des arrête-flammes découle surtout des conclusions de ces études de dangers et des bonnes pratiques industrielles, notamment la norme EN ISO 16852.
Au-delà du cadre réglementaire strict, les bonnes pratiques recommandent un programme d’inspection périodique documenté : contrôle visuel de l’élément filtrant, vérification de l’absence de corrosion, test de perte de charge. La fréquence dépend de l’environnement ; un site exposé à des atmosphères corrosives exigera des inspections plus rapprochées.
La responsabilité de l’exploitant reste entière en cas de sinistre. Disposer d’un arrête-flammes ne suffit pas ; encore faut-il prouver qu’il était adapté, correctement installé et maintenu. Le dossier technique doit inclure les certificats de conformité, les rapports d’inspection et le plan de maintenance préventive. C’est cette rigueur documentaire qui fera la différence entre une gestion exemplaire et une mise en cause pour négligence.