Ce jeudi 11 décembre 2025, le tribunal des affaires économiques de Nanterre a mis un terme définitif à l’aventure industrielle de Brandt. La liquidation judiciaire du groupe, prononcée à quelques jours des fêtes de fin d’année, entraîne la suppression de 700 emplois et signe la disparition de quatre marques emblématiques du patrimoine industriel français : Brandt, Vedette, Sauter et De Dietrich.

Pour François Bonneau, président de la région Centre-Val de Loire, c’est un « traumatisme » qui survient « à la veille de Noël ». Le choc est d’autant plus violent que les espoirs étaient grands : un projet de reprise en coopérative (Scop), soutenu par le groupe Revive et porté par une majorité de salariés, semblait offrir une porte de sortie. Avec près de 20 millions d’euros d’engagements publics sur la table — dont 5 millions de l’État et 1 million de la région Île-de-France — cette solution aurait permis de préserver au moins 370 emplois et de maintenir les deux sites de production du Loir-et-Cher et du Loiret.

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D’Edgar Brandt aux tables à induction : un siècle de pionniers

L’histoire de Brandt commence en 1924, lorsqu’Edgar William Brandt, ferronnier d’art reconnu — il a notamment réalisé la dalle en bronze du Monument du Soldat Inconnu — fonde les établissements qui portent son nom. Initialement tournée vers le mobilier métallique et l’équipement militaire, l’entreprise opère un virage décisif après-guerre en se lançant dans l’électroménager.

Les décennies suivantes alignent les premières : première machine à laver automatique française en 1956, premier four à nettoyage pyrolytique en 1976, premier lave-linge à pesée automatique (le fameux BB40) en 1984. En 1990, c’est à Saint-Jean-de-la-Ruelle, près d’Orléans, que Brandt développe et produit les premières tables à induction commercialisées à grande échelle au monde.

Le groupe a traversé de nombreuses mains — Thomson-Brandt, Elco, puis le groupe espagnol Fagor avant son effondrement en 2013. C’est finalement le conglomérat algérien Cevital qui reprend l’entreprise en 2014, lui offrant un sursis de dix ans. Mais la relance tant espérée n’aura pas suffi à protéger Brandt des turbulences du marché.

Pourquoi le made in France en électroménager s’effondre

La liquidation de Brandt n’est pas un accident isolé. Elle révèle les failles structurelles d’un secteur en perdition. Le marché français du gros électroménager a reculé de 3,9 % en 2024, après une année 2023 déjà difficile. En cause : la crise immobilière qui frappe l’Hexagone depuis deux ans. Selon le Gifam, l’achat d’un réfrigérateur, d’une cuisinière ou d’un lave-linge est souvent déclenché par l’acquisition d’un logement ou un déménagement — deux événements en chute libre.

Face à cette contraction, les usines françaises peinent à rivaliser avec la concurrence asiatique à bas coûts. Sur son site de Saint-Jean-de-la-Ruelle, l’activité était quasiment à l’arrêt depuis plusieurs semaines. Dylan Wrede, agent logistique depuis dix ans dans l’usine orléanaise, confiait récemment à l’AFP vivre « une situation très difficile ». Les salaires des 700 employés ne seront d’ailleurs plus versés après le 15 décembre.

Le sénateur socialiste du Loiret, Christophe Chaillou, a pointé l’absence du secteur privé dans les efforts de sauvetage : « Les pouvoirs publics se sont largement investis. Mais il manque le secteur bancaire, le secteur privé. » Une critique à peine voilée envers les établissements financiers qui n’ont pas voulu accompagner le projet de coopérative.

Avec Brandt s’éteignent aussi Vedette, Sauter et De Dietrich — des noms qui ont équipé des millions de foyers français pendant des décennies. Reste désormais à savoir si ces marques trouveront un repreneur capable de leur offrir une seconde vie, même sans les usines qui leur donnaient sens.